LES LAURÉATS

PRIX PATRICK-COPPENS-ENTREVOUS
En 2019, c’est avec humour et générosité que Patrick Coppens a fait une donation à la Société littéraire de Laval – qu’il a cofondée en 1985 – afin de financer, pendant dix ans, un prix littéraire annuel récompensant l’auteur ou l’autrice de son texte préféré paru dans la revue d’arts littéraires Entrevous. Se déclarant seul membre du jury, il s’engage à relire à l’aveugle les trois numéros de l’année, pour arrêter son choix sur un texte, en s’accordant la liberté d’octroyer des mentions.

PRIX ANDRÉ-JACOB-ENTREVOUS
EN 2021, l’artiste et écrivain André Jacob a souhaité récompenser quant à lui un auteur ou une autrice dont une création littéraire mariée à de l’art visuel a paru dans Entrevous. Il a accepté la suggestion de la directrice artistique, à savoir faire un choix annuel dans la banque de toutes les créations «mots sur image» inter ou multidisciplinaires parues depuis le premier numéro en juin 2016.


PRIX PATRICK-COPPENS-ENTREVOUS

Le prix (diplôme et chèque de 200$) a été remis à Marie-Andrée Nantel pour son poème Immigrant paru dans le numéro 17.
«En idéalisant son pays d’accueil, l’immigrant du poème manifeste sa reconnaissance, sans cacher que pacifier ses origines comporte certaines difficultés et souffrances. Un poème sensible et clair, servi par une écriture classiquement maîtrisée. L’expression convaincante d’une générosité à comprendre et décrire une situation qui n’a pourtant pas été vécue personnellement par la poète.»

Une première mention æxequo (diplôme et chèque de 75 $) a été remise Suzanne St-Hilaire pour sa suite de micronouvelles Tante Évelyne / Oncle Paul parues dans le numéro 16.
« L’art du bref. Personnages bien campés. Deux micronouvelles complices, à la fois drôles et discrètement touchantes.
On jurerait que tante Évelyne et oncle Paul se sont échappés du Jeu des sept familles de notre enfance !
»

Une première mention æxequo (diplôme et chèque de 75 $) a été remise André Jacob pour son poème Horizon hiémal paru dans le numéro 15.
«Avec un sens de la retenue qui donne au poème son attentive discrétion, l’auteur évoque sa présence au monde, sa relation à l’hiver et sa quête des valeurs humaines, sous le regard d’une présence invisible

Une deuxième mention (diplôme et chèque de 50 $) a été remise Monique Leclerc pour sa prose poétique La cardabelle parue dans le numéro 15.
«L’art du bref. Personnages bien campés. Deux micronouvelles complices, à la fois drôles et discrètement touchantes.
On jurerait que Tante Évelyne et Oncle Paul se sont échappés du Jeu des sept familles de notre enfance!
»

Une mention spéciale (diplôme) a été remise à Danielle Shelton pour Vivre le Québec tissé serré, son discours patriotique de la Fête nationale du Québec à Laval 2021, et sa prose poétique Vivre avec la peur, deux créations littéraires parues dans le numéro 17.
«Vivre le Québec tissé serré est un poème programme et manifeste qui, loin de toute propagande et polémique, aborde le thème de l’immigration harmonieuse et de ses conditions principales : la générosité et la confiance réciproques.
La paix que l’auteure célèbre dans sa prose poétique
Aller avec la peur n’est pas celle – imposée par l’oppression – des empires dominateurs, mais celle du cœur et de l’esprit. Un texte qui invite le lecteur sur le chemin qui va de la fragilité à la détermination.»

Le prix (diplôme et chèque de 200$) a été remis à Suzanne St-Hilaire, pour son texte Par le trou de la serrure de mon enfance, une prose poétique énumérative parue dans le numéro 13.
«Une tradition poétique vivifiée et un thème éternel, celui de l’enfance, ont inspiré à Suzanne St-Hilaire une poésie qui par son naturel, sa limpidité, sa fraicheur, font du lecteur un contemporain comblé, un heureux complice. Une remontée du temps sous forme de résurrection énumérative. Dans le manège enchanté de la mémoire, chacun peut s’attendrir, s’étourdir en toute jubilation et naïveté retrouvée.» Patrick Coppens

Une première mention (diplôme et chèque de 125$) a été remise à Monique Leclerc pour deux poèmes : Singulier patelin et Pèlerinage, parus dans le numéro 13.
«L’art patient d’habiter le pays, au rythme des saisons, des humeurs, au pas du temps qu’on prend à se laisser surprendre et apprivoiser. Monique Leclerc montre – avec un don vif pour l’image et les rapprochements qui séduisent – que voir, c’est non seulement attendre ou participer, mais d’abord nommer avec une précision qui informe et nourrit le tendre émerveillement que la nature, ses visages, ses secrets, réserve à ses amant(e)s.» Patrick Coppens

Une deuxième mention (diplôme et chèque de 75$), a été remise à Domlebo, pour son poème Pure et dure, paru dans le numéro 13.
«Sans recourir à l’anecdote, au ton journalistique du reportage, domlebo s’est glissé en douceur, au cœur de son sujet. Il a montré en quoi la vie quotidienne est à la fois contrainte, bouleversée et approfondie, anoblie, magnifiée, par la menace persistante du virus. La modernité apaisée de son écriture sert efficacement son propos.» Patrick Coppens

Le prix (diplôme et chèque de 200$) a été remis à Claudie Bellemare, pour son poème Désir paru dans le numéro 10.
«Identité fiévreuse, amours tumultueuses, passions disloquées. Dans sa poésie puissante et originale, Claudie Bellemare prend des risques et bouscule la syntaxe pour un surcroit d’intensité. Colère, confidence et mystère se relaient pour échanger des vérités parfois amères, souvent toniques, et la plainte se fait indéniable chant. Un premier prix plus que mérité.» Patrick Coppens

Une première mention (diplôme et chèque de 125$) a été remise à Monique Pagé, pour son poème Désarmés paru dans le numéro 11.
«Dans sa poésie sur le thème du temps qui érode, à la fois épreuve et ascèse, Monique Pagé a su conjuguer observation et réflexion, détachement et lucidité, gravité lumineuse et sagesse.» Patrick Coppens

Une seconde mention (diplôme et chèque de 75$), a été remise à Diane Landry, pour son poème Vent du Nord paru dans le numéro 10.
«Le texte de Diane Landry est une poésie simple et touchante, avec un brin d’humour, en prise directe sur le quotidien. C’est la Nature en ville, son importance affective, sa fragilité. Vent du Nord nous rappelle aussi, sans didactisme, l’urgence de mieux contrôler les changements climatiques.» Patrick Coppens

PRIX ANDRÉ-JACOB-ENTREVOUS

Le prix (diplôme et chèque de 100$ à chacune des cocréatrices lauréates) a été remis à Suzanne St-Hilaire et Monique Pagé pour Migration, une œuvre hybride (photographie et haïku) parue dans le numéro 17. Voir la création, p. 48-49.
«L’art permet d’échapper au réel, mais surtout de tenter de nouveaux vols. Dans l’esprit de la pratique du haïku, Suzanne St-Hilaire et Monique Pagé se sont appropriées la plasticité d’un paysage urbain, pour saisir la puissance de la problématique sociale de sans-abris occupant illégalement un espace public à l’approche de l’hiver québécois. Cellules de vie aussi fragiles que signifiantes : le démantelement de leur campement par les autorités municipales les privera bientôt de leur utopie d’autonomie. L’expression symbolique de ce cadre de valeurs est renforcée par les dessins surimposés sur la photographie.
Le dépouillement de la scène frappe le regard. La forme simple du haïku se prête bien aux interprétations multiples suggérées par les éléments de la composition : les tentes-nids, les oiseaux migrateurs, un jeu d’ombre et de lumière dans une absence déstabilisante de repère horizontal.
Comme le souligne Dominique Chipot (1), le haïku, comme la photographie, se révèle par la puissance du moment présent suspendu entre l’avant et l’après suggérés par l’image, les images. Ne pas prioriser la formule. Ne pas privilégier une capture hâtive dans le vif de l’action. Trouver l’équilibre. Aiguiser ses sens à l’affût de faits quotidiens suffisamment suggestifs. Aiguiser ses crayons pour reproduire la fragilité du fait. Et apprendre l’harmonie.
D’entrée de jeu, un haïku nous fait entrer dans l’atmosphère automnal en annonçant tout simplement l’été indien. L’expression éveille les souvenirs de la chaleur et de la luminosité fugaces dans la fraicheur du mois d’octobre. Oui, l’été indien habille la misère, comme un manteau élimé qui ne réchauffe pas parfaitement.
Il ne s’agit pas ici de s’approprier simplement la plasticité d’une photo, mais de la situer dans un espace de liberté. En associant ce que l’on peut imaginer comme des corneilles, toutes noires sur un ciel d’un bleu vibrant, et les tentes attachées au sol sous un soleil douteux, l’image semble parler d’elle-même tant le contraste est frappant entre la vigueur de l’envolement et la précarité de l’hébergement dans un clair-obscur qui maquille mal ses limites. Au-delà de cette première lecture, la liberté apparait comme une aspiration à sortir enfin de l’ombre pour traverser un pont magique et migrer vers un avenir meilleur. Nous voilà dans une dynamique qui rappelle que l’art peut contribuer à bâtir une signification qui transcende la réalité perçue.
De fait, les deux artistes semblent avoir voulu pousser plus loin leur réflexion sur les émotions ressenties à la vue de ce campement en qualifiant la ville de blafarde. Les oiseaux passent au-dessus d’elle comme des messagers d’espoir qui, n’ayant ni limites ni barrières, auraient le pouvoir surnaturel d’emportent les ombres. La scène n’est plus figée. Elle devient un appel à notre engagement dans un mouvement solidaire pour la vie. Ça dit tout sur le type de lumière qui traduit la réalité en MAJUSCULES sans oublier le sens des mots.
La forme minimale du haïku permet d’ouvrir la porte à tant de mots non écrits et d’émotions ! Dans leur œuvre hybride, les deux artistes ont trouvé un nouveau langage pour dire la vérité de la nature, des lieux et du spirituel dans la scène imagée. Comme l’a écrit l’artiste-peintre Wassily Kandinsky (2) l’ambiance de l’œuvre peut encore renforcer l’ambiance intérieure du spectateur et la sublimer. »

Notes :
1 – Chibot, Dominique. Le haïku en 17 clés. Paris, Pippa éditions, 2021, p. 99.
2 – Kandinsky, Wassily. Du spirituel dans l’art, et dans la peinture en particulier. Paris, Denoël, 1989, p. 54.